" Pourquoi tout ça ? Pourquoi ce jeu ? Les temps sont venus où les fusions neigeuses, les corps de brume, les sagesses de pauvre, les rencontres d'hermaphrodites et d'ordinateurs sur les tables fraîches des grands restaurants en été dans les capitales vides, les palais d'or volant qui explosent en plein ciel, les lumières qui traversent les murs en vapeur de couleur, les imaginations qui s'étreignent tendrement au gré des rencontres sur les trottoirs les plus noirs, les plus froids, les passages de l'un en l'autre. Ou bien ou mal, c'est un arbre jeté sur le fleuve entre deux rangs de grattes ciel, cour et jardin, amour et intelligence. Et l'hermaphrodite noir traversant lentement comme un feu sacré. La joie enfin qui remplit tout. Il la sent en lui et hors de lui enfin. Il l'a attendu pendant des siècles ou des années. Elle ne va durer que quelques heures peut-être et il s'en fout. Les temps sont venus et revenus, maintenant les voilà. Il n'y a rien à regretter parce qu'il n'y a rien que le feu et la musique réunis dans un choc mortel. C'est le temps du plein, l'avènement d'une héroïne adorée. Le basculement du vide vers le plein, le désir comblé. La paix de la mort. Ou bien ou mal, c'est le temps des prières et des supplications. De la voix qui sort de sa cage pour se vautrer dans l'azur des aveux et des infamies pour lâcher toutes ses flèches, pour déposer tout ses voiles, mettre ses masques rouges, noirs et verts et se mettre à danser sur l'héritage de l'inconnu. "

Brigitte Fontaine in " Les jeux olympiques de l'orgasme ou la ronde des coeurs "

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