" Les personnes se positionnant en victime fonctionnent par vagues. Leur humeur varie. Quand elle chute, les personnes se plaçant en sauveur s'affolent et essaient à toute vitesse de résoudre leurs problèmes pour ralentir leur descente. Ainsi, elles les empêchent de descendre au plus bas et de toucher le fond pour remonter. Ainsi, les " victimes " n'en finissent pas d'aller et venir dans les zones en abîmes sans jamais toucher le fond où elles auraient pu prendre appui pour remonter.
En fait quand la victime se plaint, elle n'exige pas que le sauveur l'aide à ne pas chuter, elle réclame seulement d'être écoutée. Elle veut un témoin de son expérience : sa descente, son contact avec le fond et sa remontée. Mais le sauveur s'affole trop vite. Il veut prouver qu'il est tellement fort qu'il peut stopper ce genre de phénomène. Comme si un Homme pouvait arrêter une vague ! Mais en empêchant la chute libre, il empêche aussi la remontée franche.
C'est un peu comme ces médicaments qu'on prend dès qu'une fièvre se déclenche. Les médicaments arrêtent la fièvre et empêchent le corps de se chauffer suffisamment pour brûler le microbe.
Il ne faut pas avoir peur de ce qui descend et de ce qui chauffe. Si on ne s'en préoccupe pas, le plus souvent, tout naturellement ce qui descend finit par remonter, ce qui chauffe finit par refroidir. Ce qui devrait plutôt nous inquiéter, c'est un corps qui ne connaît pas de fièvre. Et une " victime " toujours d'humeur égale. "

Ce texte est de Bernard Werber et issue de " L'encyclopédie du savoir relatif et absolu " ; cependant, pour des raisons de clarté et de justesse, ce texte a été sensiblement remanié.

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